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Méthodologie

Comment fonctionne le simulateur, en langage clair. Chaque hypothèse est sourcée et chaque formule est expliquée.

1. L'idée centrale : la courbe de Laffer

Quand l'État augmente un impôt, les recettes ne montent pas forcément. Au-delà d'un certain seuil, les gens travaillent moins, investissent ailleurs, ou optimisent davantage. Les recettes finissent par baisser.

La courbe de Laffer décrit cette relation : les recettes montent avec le taux, atteignent un sommet (le taux optimal), puis redescendent.

RecettesTaux × Base taxable × (1 − Taux) puissance élasticité

Le taux optimal est simplement :

Taux optimal1 ÷ (1 + élasticité)
Exemple :Si l'élasticité est 0.35 (travail), le taux optimal est 1 ÷ 1.35 = 74%. Au-delà, chaque point de hausse rapporte de moins en moins.

Saez, Slemrod & Giertz (2012), Journal of Economic Literature

2. Les élasticités : de combien les gens réagissent

L'élasticité (ε) mesure la sensibilité des contribuables au taux d'imposition. Une élasticité de 0.35 signifie : quand le taux marginal augmente de 10%, le revenu déclaré baisse de 3.5%.

Le simulateur utilise des élasticités issues de la recherche académique, spécifiques à la France quand c'est possible.

ImpôtÉlasticitéTaux optimalTaux actuelSource
Travail (IR + CSG)0.3574%65%Saez et al. (2012), médiane ETI
Capital — résultat principal0.5043%55%Lefebvre et al. (2025), Scand. J. Econ.
Capital — sans cross-élasticité0.7557%55%Lefebvre et al. (2025)
Capital — avec cotisations1.8635%55%Lefebvre et al. (2025)
Cotisations patronales0.4071%45%Crépon & Desplatz (2001)
TVA0.1587%20%Estimation consensus

Le capital a trois élasticités possibles selon qu'on inclut ou non les effets croisés sur l'IR et les cotisations. L'utilisateur choisit dans le panneau Hypothèses.

Note :Garde-fou : pour les coupes supérieures à 20%, l'élasticité est réduite progressivement (on ne peut pas extrapoler une élasticité calibrée sur de petites variations à des changements massifs). Une coupe de 50% réduit l'élasticité effective d'environ 25%.

3. L'autofinancement : combien l'État récupère

Quand on baisse un impôt, la perte brute n'est pas la perte réelle. Les comportements changent et une partie des recettes revient. C'est l'autofinancement.

Modèle A — Équilibre partiel (conservateur)

La formule est simple : on divise l'élasticité par (1 + élasticité).

Autofinancementélasticité ÷ (1 + élasticité)
Exemple :Travail (ε = 0.35) : autofinancement = 0.35 ÷ 1.35 = 25.9%. Sur 10 Md€ de baisse, l'État récupère automatiquement 2.6 Md€ par les changements de comportement.

Modèle B — Équilibre général (optimiste)

Le modèle de Trabandt & Uhlig (2011) prend en compte l'accumulation de capital et les effets de second tour. Il donne des taux plus élevés : 54% pour le travail, 79% pour le capital.

Trabandt & Uhlig (2011), Journal of Monetary Economics

4. Les 5 canaux de récupération

Le simulateur ne se contente pas d'un seul chiffre d'autofinancement. Il décompose la récupération en 5 canaux distincts, avec des vitesses différentes.

1
Réponse réelleLente (4-10 ans)
Solide

C'est le canal classique : les gens ajustent leur comportement. Les médecins travaillent un jour de plus, les entrepreneurs investissent davantage, les cadres négocient moins de packages défiscalisés.

Ce canal monte progressivement sur 4 à 10 ans (configurable). C'est la part "réelle" de l'élasticité du revenu taxable.

An YCoupe × autofinancement × (1 − part formalisation) × min(1, année ÷ durée phase-in)
Exemple :Baisse travail de 10 Md€, autofinancement 25.9%, formalisation 50%, phase-in 5 ans. An 3 : 10 × 0.259 × 0.50 × (3/5) = 0.78 Md€.
2
Supply-side (croissance)Moyenne (composée)
Inférence

Baisser les impôts stimule la croissance du PIB. Un PIB plus élevé génère plus de recettes fiscales, même à taux plus bas. C'est l'effet boule de neige.

Chaque point de PIB de baisse fiscale ajoute un boost de croissance annuel, qui varie selon le type d'impôt (le plus distorsif = plus gros boost) :

  • Capital (IS) : 0.30 point de croissance par point de PIB de baisse — le plus efficace
  • Cotisations : 0.15 point
  • Travail (IR/CSG) : 0.10 point

Ce boost est plafonné à +2 points de croissance par an (record historique : Irlande post-2014). Il peut être permanent, temporaire (convergence en 15 ans), ou hybride selon le modèle choisi.

Les recettes induites = PIB additionnel × taux de prélèvement (42.8%).

OCDE (2010), Arnold et al. (2008). Le classement (IS > cotis > IR) est robuste, les magnitudes sont extrapolées.

3
Marge extensiveRapide (1-3 ans)
Inférence

Contrairement à la marge intensive (les mêmes gens déclarent plus ou moins), la marge extensive concerne des gens qui entrent ou sortent du système : retour d'exilés fiscaux, nouvelles distributions de dividendes, créations d'entreprises.

3a. Retour d'exilés fiscaux

19 000 foyers ISF ont quitté la France entre 1982 et 2017, emportant ~6 Md€ de valeur ajoutée annuelle (Rexecode). Quand le capital est réduit d'au moins 5%, une partie revient : 30% du stock restant chaque année, décroissant exponentiellement.

3b. Élargissement de la base capital

Après le PFU 2017, les dividendes distribués sont passés de 13.6 à 23.2 Md€ (+70%). Ce n'est pas que les mêmes gens déclarent plus — c'est que des revenus cachés, différés ou restructurés réapparaissent. Le simulateur modélise cet effet comme un élargissement de la base taxable du capital, calibré de façon conservatrice (+2.5% pour une coupe de référence de 15%, là où le PFU a montré +70%).

3c. Création d'entreprises

Moins d'impôt = plus de créations d'entreprises. Chaque nouvelle entreprise génère ~15 000€/an de recettes fiscales (IR + cotisations + TVA). Effet avec un lag de 2 ans.

4
Signal & anticipationsInstantané
Spéculation

Les marchés réagissent à l'annonce, pas à l'implémentation. Une réforme crédible change les anticipations le jour J.

4a. Compression du spread

Si les marchés perçoivent une amélioration structurelle du déficit, le taux d'emprunt de la France baisse. Sur 3 305 Md€ de dette, chaque 10 points de base représentent 3.3 Md€/an d'économies.

4b. Investissement direct étranger

La France est dernière du classement ITCI (compétitivité fiscale). Une amélioration attire de l'IDE. Le simulateur estime +3% d'IDE par rang gagné, dont 20% génère des recettes fiscales directes.

Multiplicateur de crédibilité

Ce canal est multiplié si la réforme s'accompagne d'engagements d'investissement coordonnés (type Choose France). Par défaut 1.0× (pas de coordination). Ce canal n'est PAS affecté par les scénarios pessimiste/optimiste car c'est un effet binaire : la réforme est annoncée ou non.

5
FormalisationTrès rapide (80% en an 1)
Solide/Inférence

Quand les taux baissent, l'optimisation fiscale devient moins rentable. Des revenus qui étaient cachés, différés ou restructurés réapparaissent dans la base taxable. C'est quasi instantané car c'est une décision comptable, pas un investissement réel.

La recherche (Slemrod 2001, Chetty 2009) montre que 50 à 75% de l'élasticité observée est en fait de l'optimisation/shifting, pas de la réponse réelle. Le simulateur utilise 50% par défaut (configurable de 30% à 70%).

Ce canal court-circuite le phase-in lent du canal 1 : 80% de l'effet arrive dès l'année 1, 100% en année 2.

Exemple :Baisse capital de 7.2 Md€, autofinancement 33%, formalisation 50%. An 1 : 7.2 × 0.33 × 0.50 × 0.80 = 0.95 Md€ récupérés immédiatement.

Slemrod (2001), International Tax and Public Finance. Chetty (2009), American Economic Journal.

5. L'emploi : la loi d'Okun

Un PIB plus élevé crée des emplois. La relation est modélisée par le coefficient d'Okun, qui mesure combien d'emplois sont créés par point de croissance du PIB.

Emplois créés30.5 millions × (PIB additionnel ÷ PIB) × coefficient Okun

Le coefficient est configurable de 0.25 (marché très rigide) à 0.50 (marché flexible). Recommandé pour la France : 0.30.

Exemple :Si le PIB augmente de 1% (29.2 Md€) avec Okun = 0.30 : 30.5M × 0.01 × 0.30 = 91 500 emplois créés.

Pour les cotisations patronales, la base est 20M salariés privés (pas l'emploi total), car c'est sur eux que les allègements portent.

6. La dette publique

Le modèle de dette sépare les dépenses opérationnelles (1 615 Md€) de la charge de la dette (55 Md€) pour éviter de compter les intérêts deux fois.

Chaque année :

  1. Dépenses opérationnelles = 1 615 Md€ × (1 + 2% inflation) puissance année
  2. Intérêts = dette × taux d'intérêt (2.5% de base)
  3. Déficit = recettes − dépenses opérationnelles − intérêts
  4. Nouvelle dette = ancienne dette − déficit (le déficit est négatif, donc la dette augmente)

Malus de soutenabilité

Si la dette dépasse 120% du PIB, les marchés imposent des taux plus élevés. Le modèle ajoute +0.5 point de taux d'intérêt par tranche de 10% de dette/PIB au-delà de 120%. Cela crée un cercle vicieux : plus de dette → plus d'intérêts → plus de déficit → plus de dette.

Dette supplémentaire vs statu quo

Le graphique montre la différence entre la dette avec réforme et la dette sans réforme. Un chiffre positif signifie que la réforme a temporairement créé plus de dette. Quand l'autofinancement dépasse 100%, ce chiffre commence à baisser.

7. Le pouvoir d'achat

Le simulateur calcule combien chaque habitant gagne ou perd par mois, en moyenne. Le calcul a trois composantes.

Allègement direct

La baisse d'impôt sur le travail arrive directement dans la poche des salariés. Pour les cotisations patronales, seule une partie est répercutée en salaires : 40% la première année, montant progressivement à 70% en 5 ans. Pour le capital, seulement 10% se diffuse en pouvoir d'achat large (le reste bénéficie aux détenteurs de capital).

Via l'emploi

Chaque emploi créé représente un salaire net moyen de 30 000€/an qui entre dans l'économie.

Via la croissance

Un PIB plus élevé tire les salaires vers le haut. Mais les salaires montent moins vite que le PIB (élasticité salaires/PIB = 0.70), et seule la moitié du PIB va aux salaires.

Gain salarialPIB additionnel × 50% (part salariale) × 70% (élasticité)

Par habitant

€/mois par habitantTotal (Md€) × 1 milliard ÷ 68 millions ÷ 12 mois
Note :C'est une moyenne nationale. Un salarié au SMIC bénéficie davantage d'une baisse de cotisations, un cadre supérieur d'une baisse d'IR, un actionnaire d'une baisse d'IS. Le chiffre par habitant lisse ces différences.

8. Le mode trajectoire

Au lieu d'appliquer la coupe d'un coup, le mode trajectoire permet de simuler une montée progressive ou un choc suivi d'un rollback.

Progressif

La coupe augmente linéairement sur N années. Exemple : pour une cible de −15% sur 5 ans, c'est −3% par an.

Choc + rollback

La coupe commence forte (2× la cible par défaut) puis diminue chaque année. Exemple : choc de −30%, puis rollback de 2%/an jusqu'à la cible de −15%.

L'intérêt : le choc déclenche les canaux rapides (formalisation, signal, retour d'exilés) plus vite, mais il crée aussi plus de dette de transition. Le graphique de comparaison montre si le jeu en vaut la chandelle.

9. Les garde-fous

Le modèle inclut des limites pour éviter les résultats absurdes quand on pousse les curseurs à l'extrême.

  • Élasticités décroissantes — Plus la coupe est large, moins l'élasticité marginale est forte. Une coupe de 50% réduit l'élasticité d'environ 25%. Justification : à taux très bas, il y a moins d'optimisation à récupérer.
  • Supply-side plafonné — Le boost de croissance annuel ne peut pas dépasser +2 points de pourcentage (record historique : Irlande post-2014, dans des circonstances exceptionnelles).
  • Malus dette — Au-delà de 120% de dette/PIB, le taux d'intérêt augmente automatiquement, ce qui aggrave le déficit.
  • Avertissements visuels — Orange au-delà de 20% de coupe (élasticités extrapolées), rouge au-delà de 35% (résultats non fiables), bannière si la perte brute dépasse 15% du PIB.

10. Données macro (INSEE 2024)

PIB2 920 Md€
Prélèvements obligatoires1 250 Md€ (42.8% PIB)
Recettes publiques1 501.6 Md€
Dépenses publiques1 670.2 Md€
dont charge dette55 Md€
Déficit−168.6 Md€ (5.8% PIB)
Dette3 305 Md€ (113.2% PIB)
Emploi total30.5 millions
Salariés privés20 millions
Population68 millions
Croissance tendancielle1.1%/an (réel)
Inflation baseline2%/an

11. Niveaux de confiance

Chaque canal est étiqueté selon la robustesse de sa calibration.

SolideCalibré sur des données robustes, consensus académique. Ex: élasticité du revenu taxable (Saez et al.).
InférenceBasé sur des données réelles mais extrapolé. Ex: boost de croissance par type d'impôt (OCDE 2010, ranking qualitatif).
SpéculationEffet attesté qualitativement mais pas quantifié dans la littérature. Ex: canal signal (IDE, spread).

12. Sources académiques

Saez, E., Slemrod, J. & Giertz, S. (2012). "The Elasticity of Taxable Income with Respect to Marginal Tax Rates: A Critical Review". Journal of Economic Literature, 50(1), 3-50.

Lefebvre, M., Lehmann, E. & Sicsic, M. (2025). "Estimating the Laffer Tax Rate on Capital Income". Scandinavian Journal of Economics, 127(2), 460-489.

Trabandt, M. & Uhlig, H. (2011). "The Laffer Curve Revisited". Journal of Monetary Economics, 58(4), 305-327.

Crépon, B. & Desplatz, R. (2001). "Évaluation des allègements de charges sur les bas salaires". Économie et Statistique, 348(1), 3-24.

Arnold, J. et al. (2008). "Tax Policy for Economic Recovery and Growth". OECD Working Papers No. 620.

OCDE (2010). "Tax Policy Reform and Economic Growth". OECD Tax Policy Studies No. 20.

Slemrod, J. (2001). "A General Model of the Behavioral Response to Taxation". International Tax and Public Finance, 8, 119-128.

Chetty, R. (2009). "Is the Taxable Income Elasticity Sufficient to Calculate Deadweight Loss?". American Economic Journal: Economic Policy, 1(2), 31-52.

Verdugo, G. (2016). "Real Wage Cyclicality in the Eurozone". European Economic Review, 82, 162-180.

Simulateur Laffer France — Modèle v3 post-audit — Données INSEE/OCDE 2024